mardi 5 novembre 2024

Rennes 11

A partir de quel moment de mon existence, ai-je commencé à avoir des souvenirs. C'est difficile à dire. Depuis mon adoption, la mémoire des nouveaux évènements a été constamment réactivée par les récits qui ont pu en être faits, par la permanence des lieux et des personnes que j'ai pu -pas assez à mon grand regret- interroger. Mes parents adoptifs ne savaient rien de ma vie d'avant, et le peu de choses que j'ai pu leur raconter à mon arrivée chez eux ne m'a pas permis de consolider quoi que ce soit. Mon adoption a marqué la naissance d'un nouvel univers et le portail du foyer de l'enfance qui s'est refermé derrière moi en juillet 1967, a été comme un mur de Planck, une frontière au-delà de laquelle, la mémoire intime laisse place à l'archive et à la reconstruction.

𝘖𝘯 𝘮'𝘢 𝘥𝘪𝘵 𝘤'𝘦́𝘵𝘢𝘪𝘵 𝘶𝘯 𝘴𝘰𝘪𝘳
𝘖𝘯 𝘮'𝘢 𝘥𝘪𝘵 𝘤'𝘦́𝘵𝘢𝘪𝘵 𝘭'𝘢𝘶𝘵𝘰𝘮𝘯𝘦
𝘔𝘢𝘪𝘴 𝘳𝘪𝘦𝘯 𝘯𝘦 𝘷𝘪𝘦𝘯𝘵
𝘲𝘶𝘦 𝘤𝘦𝘵𝘵𝘦 𝘭𝘢𝘮𝘱𝘦 𝘲𝘶𝘪 𝘮'𝘦́𝘣𝘭𝘰𝘶𝘪𝘵
𝘑'𝘢𝘪 𝘳𝘦𝘷𝘶 𝘭𝘦 𝘤𝘩𝘦𝘮𝘪𝘯 𝘥𝘦 𝘧𝘦𝘳
𝘑'𝘢𝘪 𝘳𝘦𝘷𝘶 𝘭𝘦 𝘱𝘰𝘳𝘵𝘢𝘪𝘭 𝘦𝘯 𝘧𝘦𝘳
𝘳𝘪𝘦𝘯 𝘯𝘦 𝘳𝘦́𝘴𝘰𝘯𝘯𝘦
𝘯𝘪 𝘭'𝘦𝘴𝘤𝘢𝘭𝘪𝘦𝘳 𝘯𝘪 𝘭𝘢 𝘳𝘢𝘮𝘱𝘦.


Je lis des rapports de police. Le syndic du 37 bd de la Tour d'Auvergne a signalé un cas de maltraitance sur un petit enfant de 4 ans. L'immeuble où logeait Mme Aline B. et Monsieur Anjoul R., son compagnon a été démoli et sans doute, le syndic est-il décédé. Le nouvel immeuble abrite le planning familial. Quel ironie! Je consulte le dossier qui m'a été transmis pas la Ddass. Je suis mes personnages à la trace. Le couple a ensuite habité au 18 rue Edouard Turquety. Je consulte des anciens plans de la ville : l'ancienne rue Turquety a été détruite lors de la construction du quartier du Colombier.  Je visite des sites spécialisés, je pose des questions sur les bâtiments qui abritaient le foyer de l'enfance de Pontchaillou en 1966. Est-ce qu'à cette date c'était toujours les pavillons Le Bastard et Clemenceau, ceux qui ont été construits en 1909 pour accueillir les enfants assistés. Ceux-là aussi ont été detruits. La ville  semble se dérober à  mes investigations.  Je cherche des traces, des photos des témoignages, des béquilles à mon amnésie.
Pontchaillou abrite maintenant le centre hospitalier universitaire. Une ville dans la ville  C'est là que je finirai sans doute mes jours.
Ainsi la boucle sera bouclée.


𝘖𝘯 𝘮'𝘢 𝘥𝘪𝘵
𝘖𝘯 𝘮'𝘢 𝘥𝘪𝘵
𝘔𝘢𝘪𝘴 𝘳𝘪𝘦𝘯 𝘯𝘦 𝘷𝘪𝘦𝘯𝘵
𝘲𝘶𝘦 𝘤𝘦𝘵𝘵𝘦 𝘭𝘢𝘮𝘱𝘦 𝘲𝘶𝘪 𝘮'𝘦́𝘣𝘭𝘰𝘶𝘪𝘵
𝘦𝘵 𝘲𝘶’𝘰𝘯 𝘦́𝘵𝘦𝘪𝘯𝘵.