C'était
par un beau matin d'avril. J'étais grimpé sur le toit du garage
dans lequel mon grand-père rangeait sa vieille frégate. Un toit
tout plat d'où on pouvait observer toute la ville jusqu'au port. Je
m'allongeais sur le sol blanc et déjà chaud. En tournant la tête
je pouvais voir le mimosa planté au milieu de la cour. Je me
souviens des grappes de flocons jaunes et de leur parfum un peu
sucré. Je regardais les avions qui entamaient leur descente vers
l'aéroport de Nice Cote d'Azur. Je tenais dans la main le talkie
walkie que je trimballais partout avec moi et grâce auquel je
montais les opérations de surveillance les plus sophistiquées.
C'était par un beau matin d'avril. Le monde s'ouvrait à moi ; un
avenir radieux d'espion international. Qu'en reste-t-il cinquante
ans plus tard? Je te le demande à toi, vieil homme, en cette sale
soirée d'automne grise et pluvieuse.