Les
yeux éteints,
les
teints blafards,
les
hommes en gris.
Je
me souviens,
on
y mangeait
rue
Baudrairie.
Le
self de la rue Baudrairie, j'y ai repensé il y a quelques années
lorsque j'ai écrit ce court poème.
C'était un endroit
plutôt glauque, baigné par une lumière blanche qui tombait du
plafond. Une bonne partie de la clientèle était composée d'hommes
seuls au regard fuyant.
Je
ne sais plus exactement à partir de quel moment, moi et mes parents
avions commencé à fréquenter self-services et autres cafétérias
rennaises. Sans doute quand mon grand-père entra en maison de
retraite. J'imagine que ma mère, libérée de la charge quotidienne
de s'occupper de lui, voulut soudain se décharger au maximum de
toutes les contraintes qu'elle pouvait éviter.
C'était
à peu près l'époque du collège et tous les samedis et dimanche
midi, nous allions manger “dehors”.
Le
self de la rue Baudrairie faisait parti de la catégorie des
cafétérias du dimanche. Dans cette catégorie, je
me souviens également du Surcouf, place de la gare. Le serveur était
un ancien élève de mon père et les portions de frites, ceci
expliquant sans doute cela, etaient généreuses.
Le
samedi nous allions plutôt dans les cafétérias des centre
commerciaux périphériques : au Centre Alma, dans ce qu'on appelait
à l'époque la Zup Sud ou au Rallye au nord de la ville, dans un
endroit qui commençait vaguement à ressembler à une zone
industrielle.
Dans
le Centre Alma je me souviens du magasin Mammouth qui écrasait les
prix et qui comme son homologue animal a fini au cimetière des
espèces disparues et aussi du Printemps qui avait succédé au
Primevère par une opération sans doute plus financière que
poétique. La cafétéria du centre commercial s'appelait je crois
le Marest. Je ne me souviens plus à quoi elle ressemblait. Je me
souviens un peu mieux de celle du Printemps, sans doute parce que
j'étais déjà plus vieux- fin de collège je pense- quand nous
avions commencé à la fréquenter. Après le repas, mes parents
allaient faire leurs courses à Mammouth et j'en profitais pour
trainer au Printemps. C'est là que j'ai acheté mes premières
cassettes de rock. Je me souviens notamment de Atom Heart mother des
Pink Floyd et de Cyclone de Tangerine Dream . J'avais découvert les
Beatles peu de temps auparavant et j'entamais une remise à niveau
accélérée qui me permettrait, je l'espérais, d'entrer
musicalement dans la cour des grands.