samedi 10 février 2024

Rennes 8

Le collège des Gayeulles ressemblait beaucoup à mon ancienne école de Cleunay. J'ai eu  l'explication très récemment : avant d'étre un collège, le bâtiment abritait une école primaire et à l'époque, toutes les écoles rennaises etaient construites sur le même modèle. Hasard ou nécessité? Je ne sais pas.
En 6ème et 5ème, mon meilleur ami s'appelait Paul M.. Il habitait juste en face du collège.  Nous avions en commun une passion pour les histoires de détectives et d'espions. Nous avions fondé une sorte de sociéte secrète dont nous étions les deux seuls membres. Je crois me souvenir que sa soeur, qui avait quelques années de moins, avait voulu y entrer mais elle s'était heurtée à un refus unanime.
Nous allions souvent trainer au parc de Maurepas, repérer des individus louches que nous prenions en filature. Je me souviens d'un de nos suspects, un homme d'âge moyen, coiffé d'une casquette à la sherlock holmes, que nous avions suivi à plusieurs reprises et qui habitait rue Victor Basch. Nous trainions également dans les tribunes de l'hippodrome des Gayeulles,  un hippodrome désaffecté en attente de démolition. Ca sentait l'urine et le salpêtre mais cela ne nous arrêtait pas. Un jour nous y avions trouvé un carnet avec une drôle d'écriture ; un code secret pensions-nous, mais qui s'était avéré, après enquête, être de la sténo.
Nous n'étions pas pressé de sortir de l'enfance. Moi sans doute moins que lui qui ne tarda pas à se passionner pour les Rubettes quand je continuais à lire  Langelot Agent secret.
Paul a mis fin à ses jours il y a quelques années. Nous ne nous étions jamais revus depuis le collège mais j'avais des nouvelles par des amis communs et j'avais retrouvé sa trace sur les réseaux. Est-ce que dans l'ailleurs où il est  peut-être, il existe encore du hasard ou de la nécessité, est-ce qu'il existe encore du mystère? Je ne peux que  l'espérer.


vendredi 2 février 2024

Rennes 7

La rue où j'ai grandi se situait dans un quartier plutôt tranquille, au nord est de Rennes. Mes parents, eux, enseignaient  à l'autre bout de la ville, dans le quartier de Cleunay, celui de la grande époque, des années 60-70, de la cité d'urgence et du bâtiment bleu, ce qui fait que c'est là que j'ai effectué toute ma scolarité primaire. 
Pour aller à Cleunay, chaque matin, nous devions traverser toute l'agglomération. Je me souviens surtout de la dernière partie du trajet, celle où l'angoisse commençait à monter : place de Bretagne, rue de la Motte Picquet, bd voltaire, rue de Redon, chemin de la Prevalaye, St Clément, puis nous tournions rue Ferdinand de Lesseps. 
Des noms me reviennent à l'esprit : Adam, Berthaux, Foustel, Ben Saïd, un certain “24h du mans”, tête de turc et bagarreur, fraichement débarqué de la métropole sarthoise, ainsi que celui d'une certaine Mariana C., première d'une longue liste d'amoureuses imaginaires. 
Les instits portaient des blouses grises et étaient pour la plupart, et pour employer un doux euphémisme, particulièrement sévères.
Champion de Cicé
mon école 
la peur au ventre
ma vie commençait là
interminablement.