lundi 4 mars 2024

Rennes 9

Les yeux éteints,
les teints blafards,
les hommes en gris.
Je me souviens,
on y mangeait
rue Baudrairie.
 
Le self de la rue Baudrairie, j'y ai repensé il y a quelques années lorsque j'ai écrit ce court poème.
C'était un endroit plutôt glauque, baigné par une lumière blanche qui tombait du plafond. Une bonne partie de la clientèle était composée d'hommes seuls au regard fuyant.
Je ne sais plus exactement à partir de quel moment, moi et mes parents avions commencé à fréquenter self-services et autres cafétérias rennaises. Sans doute quand mon grand-père entra en maison de retraite. J'imagine que ma mère, libérée de la charge quotidienne de s'occupper de lui, voulut soudain se décharger au maximum de toutes les contraintes qu'elle pouvait éviter.
C'était à peu près l'époque du collège et tous les samedis et dimanche midi, nous allions manger “dehors”.
Le self de la rue Baudrairie faisait parti de la catégorie des cafétérias du dimanche. Dans cette catégorie, je me souviens également du Surcouf, place de la gare. Le serveur était un ancien élève de mon père et les portions de frites, ceci expliquant sans doute cela, etaient généreuses.
Le samedi nous allions plutôt dans les cafétérias des centre commerciaux périphériques : au Centre Alma, dans ce qu'on appelait à l'époque la Zup Sud ou au Rallye au nord de la ville, dans un endroit qui commençait vaguement à ressembler à une zone industrielle.
Dans le Centre Alma je me souviens du magasin Mammouth qui écrasait les prix et qui comme son homologue animal a fini au cimetière des espèces disparues et aussi du Printemps qui avait succédé au Primevère par une opération sans doute plus financière que poétique. La cafétéria du centre commercial s'appelait je crois le Marest. Je ne me souviens plus à quoi elle ressemblait. Je me souviens un peu mieux de celle du Printemps, sans doute parce que j'étais déjà plus vieux- fin de collège je pense- quand nous avions commencé à la fréquenter. Après le repas, mes parents allaient faire leurs courses à Mammouth et j'en profitais pour trainer au Printemps. C'est là que j'ai acheté mes premières cassettes de rock. Je me souviens notamment de Atom Heart mother des Pink Floyd et de Cyclone de Tangerine Dream . J'avais découvert les Beatles peu de temps auparavant et j'entamais une remise à niveau accélérée qui me permettrait, je l'espérais, d'entrer musicalement dans la cour des grands.


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