jeudi 18 janvier 2024

Rennes 5

Dans l'appartement du Quai Chateaubriand il y avait un piano ; celui sur lequel ma mère, enfant,  avait étudié et qu'on avait déménagé là. C'était une bonne pianiste qui avait eu, je crois, un premier prix de conservatoire. En 1939, elle devait entrer au conservatoire de Paris. Mon père lui devait entrer à l'école de médecine militaire de Lyon. Mais la France, elle, entra en guerre et eux, poussés par leur famille respective, dans l'enseignement primaire, laïque et obligatoire. C'est là qu'ils se rencontrèrent. Longtemps ce fut le seul récit des origines à ma disposition et longtemps il fit l'affaire. 
Bien sûr on m'inscrivit, moi aussi, au conservatoire. Que je détestais. Au début des années 2000, j'avais collé ce petit quatrain sur les murs en calcaire du bâtiment de la rue Hoche : 
Vieille maison pale
te souviens-tu de l'ogre barbu
de cet air si souvent entendu,
sol ré, sol la ré,la si la sol la si do ré.
Il faut croire que la génétique a quelque chose à voir avec les dons pour la musique car je n'avais aucune oreille musical, ce qui mettait en fureur Monsieur B., barbu pas commode mais qui, je coupe court à toute rumeur,n'avait rien d'un ogre. Juste un professeur de solfège un peu rigide et qui jouait également du basson dans l'orchestre de l'opéra de Rennes qu'à l'époque on appelait avec modestie, “le théâtre”, terme auquel ma mère ne manquait pas d'accoler celui de : “lyrique”.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire