Mon grand-père était artiste peintre-décorateur. C'était écrit sur la plaque apposée près de la porte de son appartement du quai Chateaubriand. Il avait travaillé pour l'atelier Jobbé-Duval. Tous les dimanches nous allions lui rendre visite. L'appartement, tout en longueur, donnait sur la Vilaine. Sur l'autre rive on voyait l'église Toussaint.
Il avait atterri là, suite à l'expropriation de son ancien logement de la rue de l'Alma. La municipalité avait décidé de faire entrer le centre-ville de Rennes dans la modernité et la modernité passait par la destruction de l'immeuble où il habitait pour le remplacer par un hôtel de 150 chambres, au sein d'un vaste projet architectural, le quartier du Colombier. Cinquante ans après, l'utopie radieuse promise par les promoteurs de ce projet a rejoint toutes les utopies radieuses de l'histoire.
Mon grand-père avait passé dans cet appartement de la rue de l'Alma, toute sa vie d'adulte. C'est là qu'il avait vécu avec ma grand-mère au sortir de la première guerre mondiale, là où ma mère, sa fille, avait grandi, là où il avait organisé durant de nombreuses années ses expositions de peinture, et c'est là qu'il était devenu, en 1967, à soixante-seize ans, le grand-père d'un petit garçon de cinq ans.
Un an plus tard, ma grand-mère décédait. J'arrivais, et avec moi le temps des deuils.
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